Technique et normes

Comment poser du carrelage : les règles du NF DTU 52.2 expliquées

Bien poser du carrelage, c’est contrôler le support, choisir une colle adaptée au carreau et à la pièce, encoller sans vide, respecter les joints et les temps de séchage. En France, ces règles sont rassemblées dans le NF DTU 52.2 pour la pose collée et le NF DTU 52.1 pour la pose scellée au sol.

Ozcan Beyazgul posant une dalle grand format sur un lit de colle avec une ventouse

Cet article n’est pas un tutoriel de bricolage : il décrit ce qu’un carreleur vérifie, et pourquoi. Carreaux qui sonnent creux, fissures, joints qui s’effritent : ces désordres viennent rarement d’un mauvais carreau, le plus souvent d’une étape négligée, comme un support trop humide, une colle inadaptée ou un encollage incomplet.

NF DTU 52.2 et NF DTU 52.1 : les textes de référence

Le NF DTU 52.2 fixe les règles de la pose collée des carreaux céramiques et des pierres naturelles, au sol et au mur, à l’intérieur comme à l’extérieur : supports admis, préparation, colles, encollage, joints et tolérances. Il couvre la grande majorité des chantiers. Le NF DTU 52.1 encadre la pose scellée au sol, sur un lit épais de mortier, encore employée pour la pierre naturelle, la terre cuite ou les forts écarts de niveau.

Leur domaine d’application est borné, notamment par la taille des carreaux selon l’emplacement et le support. Au-delà, pour les très grandes dalles, le grès cérame de faible épaisseur ou un ancien plancher bois, la pose relève d’un Avis Technique ou des préconisations des fabricants.

Contrôler le support avant tout

Dalle béton, chape, ancien carrelage, plaque de plâtre ou enduit : le support porte le carrelage pendant des décennies. Avant la pose, nous vérifions :

  • la planéité, à la règle de 2 m et au réglet : les règles professionnelles fixent une tolérance, plus stricte pour les grands carreaux ;
  • la cohésion : un support qui poudre ou un enduit qui se raye facilement ne retiendra pas la colle ;
  • la propreté : poussière, graisse, ancienne colle ou peinture empêchent l’adhérence ;
  • l’humidité résiduelle d’une chape récente, mesurée avant la pose, surtout pour une chape anhydrite ;
  • la stabilité : fissures actives, plancher qui fléchit, joints de dilatation à reporter.

Selon le diagnostic, nous appliquons un primaire, puis un ragréage si la planéité l’exige. Charger plus de colle pour combler un creux n’est pas admis : la colle se pose en couche mince. Ces préparations relèvent de notre service chape et ragréage ; pour un support déjà carrelé, voyez notre article sur la pose sur un ancien carrelage.

Contrôle de la planéité d’un carrelage avec un niveau à bulle
Contrôle de grands carreaux au niveau à bulle : la planéité se vérifie sur le support avant la pose, puis rang après rang.

Choisir la colle : ce que signifient C1, C2, S1, E, T et F

Les colles à carrelage sont classées selon la norme EN 12004. La première lettre indique la nature du produit : C pour un mortier-colle à base de ciment, D pour une colle en pâte, R pour une colle à base de résine. Viennent ensuite les performances, détaillées dans notre lexique des classes de colles :

Classement des colles à carrelage selon la norme EN 12004
CodeSignificationUsage courant
C1Adhérence normale.Carreaux poreux de petit format, en intérieur, si la fiche technique l’admet.
C2Adhérence améliorée.Grès cérame, grands formats, rénovation, extérieur.
FPrise rapide.Remise en service rapide, petites réparations.
TGlissement réduit.Pose murale.
ETemps ouvert allongé.Grandes surfaces, pièces chaudes.
S1, S2Colle déformable, ou très déformable.Grands formats, plancher chauffant, extérieur.

Une colle C2 S1 couvre beaucoup de situations en grès cérame, mais le choix final croise trois fiches techniques : celle du carreau, celle de la colle et celle du système placé dessous, natte ou protection à l’eau. Les mortiers de joint ont aussi leur classement, selon la norme EN 13888 : CG1 ou CG2 pour les joints ciment, RG pour les joints résine.

Encoller sans vide : spatule crantée, temps ouvert et double encollage

Ce qui tient un carreau, c’est la surface de contact entre son dos et la colle : le taux de transfert. La spatule crantée se choisit selon le format et la planéité du support ; les sillons sont tirés dans un seul sens, puis le carreau est glissé en travers et battu. Régulièrement, nous soulevons un carreau fraîchement posé pour vérifier que son dos est bien couvert.

La colle a aussi un temps ouvert, pendant lequel elle mouille encore le carreau. Au-delà, une peau se forme et le carreau n’adhère plus vraiment, même s’il semble tenir. Soleil, courant d’air et support absorbant raccourcissent ce délai : on n’étale que ce que l’on peut couvrir à temps.

Le double encollage, colle sur le support et au dos du carreau, est imposé au-delà d’un certain format et à l’extérieur. Nous l’appliquons aussi dès qu’un carreau est long, lourd ou exposé à l’eau, pour un contact sans vide là où l’eau ou le gel trouveraient la faille.

Joints périphériques, de fractionnement et de remplissage

Un carrelage bouge peu, mais il bouge : avec la température, le chauffage au sol, le retrait du support. Les règles de pose prévoient donc trois types de joints :

  • le joint périphérique, contre les murs, les poteaux et les huisseries, masqué par la plinthe ou garni d’un mastic souple ;
  • les joints de fractionnement, qui découpent les grandes surfaces et marquent les changements de support, en plus des joints de dilatation du bâtiment, toujours reportés ;
  • les joints entre carreaux, dont la largeur minimale dépend du carreau : même rectifié, un carrelage n’est jamais posé sans joint.

Dans les angles rentrants d’une douche ou contre une baignoire, le joint ciment laisse la place à un joint souple. La position des joints de fractionnement se décide dès le calepinage, pour qu’ils tombent sur une ligne de joint.

Respecter les temps de séchage

Chaque étape a son délai, indiqué par la fiche technique et allongé par le froid ou l’humidité. En ordre de grandeur, selon les produits et les conditions :

  • avant les joints : le plus souvent le lendemain avec une colle classique, quelques heures avec une colle à prise rapide ;
  • avant de circuler : d’abord une circulation légère, puis un délai plus long avant les meubles lourds ;
  • avant de rallumer un plancher chauffant : une remise en température progressive, selon les fabricants ;
  • en salle de bain, la protection à l’eau sous carrelage sèche entre ses couches et avant la pose, et les joints doivent être secs avant la première douche.

Raccourcir ces délais pour gagner un jour est une cause classique de joints fissurés : nous les annonçons dans le planning du devis.

Planéité, désaffleur et réception : ce que vous pouvez vérifier

À la fin du chantier, quelques contrôles simples permettent de juger une pose :

  • en lumière rasante, devant une fenêtre ou avec une lampe posée au sol, les arêtes restent à fleur, sans désaffleur marqué ;
  • un léger tapotement avec un objet dur ne révèle pas de zones qui sonnent creux, surtout aux angles des carreaux ;
  • les joints sont pleins, réguliers et de teinte homogène, les coupes nettes et bien réparties ;
  • un joint souple est présent là où le carrelage rencontre un autre matériau.

Les règles professionnelles fixent des tolérances de planéité et de désaffleur, qui font référence en cas de désaccord. Après la réception, la garantie décennale couvre les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination ; nos travaux en bénéficient. À Évreux comme en Île-de-France, notre page pose de carrelage détaille notre méthode.

Questions fréquentes

Le DTU 52.2 est-il obligatoire pour des travaux chez un particulier ?

Pas au sens d’une loi : un DTU devient contractuel quand le devis ou le contrat y fait référence. C’est pourtant la référence technique de la profession : en cas de litige, l’expert juge la pose au regard de ses règles, et les assureurs distinguent les techniques dites courantes, dont relèvent les DTU, des autres. La mention du NF DTU 52.2 sur un devis est donc un engagement utile à demander.

Une colle C1 suffit-elle pour poser du grès cérame ?

Rarement. Le grès cérame absorbe très peu d’eau : la colle ne pénètre pas dans le carreau et doit adhérer à une surface presque fermée. Les fabricants préconisent donc en général une colle améliorée C2, souvent déformable S1 pour les grands formats, les sols chauffants ou l’extérieur. Une C1 peut convenir à des carreaux poreux, comme une faïence murale en intérieur, si les fiches techniques du carreau et de la colle l’admettent.

Pose collée ou pose scellée : laquelle convient à mon sol ?

Sur un support plan et sain, dalle, chape ou ragréage, la pose collée en couche mince est la règle : plus légère, plus rapide, adaptée à tous les carreaux actuels. La pose scellée, sur un lit de mortier de plusieurs centimètres, se justifie surtout pour rattraper de forts écarts de niveau, pour certaines pierres naturelles et terres cuites, ou à l’extérieur. Elle est plus lourde et demande un séchage plus long.

Pourquoi certains carreaux sonnent-ils creux après la pose ?

Un son creux signale un vide entre le carreau et la colle, ou entre la colle et le support : encollage incomplet, colle qui avait dépassé son temps ouvert, support poussiéreux ou mal préparé. Un point isolé n’entraîne pas toujours de désordre, mais une zone étendue, surtout aux angles, annonce un risque de fissure ou de décollement sous la charge. Le seul remède durable est de déposer le carreau et de le reposer.

Faut-il toujours un primaire avant de poser du carrelage ?

Pas toujours, mais souvent. Sur une chape ciment très absorbante, il évite que le support boive trop vite l’eau de la colle. Sur une chape anhydrite, les fabricants imposent un primaire spécifique, car le ciment de la colle et le sulfate de calcium réagissent entre eux en présence d’humidité et ruinent l’adhérence. Sur un ancien carrelage, un primaire d’accrochage aide la colle à prendre. La fiche technique de la colle précise ce qu’exige chaque support.