Préparer son projet
Carreler sur un ancien carrelage : conditions, préparation et limites
Oui, on peut carreler sur un ancien carrelage lorsqu’il est bien adhérent, plan et propre, et que la pièce supporte la surépaisseur. Il faut alors sonder chaque carreau, dégraisser, appliquer un primaire adapté et choisir une colle prévue pour ce support ; si l’une de ces conditions manque, mieux vaut déposer.

Recouvrir un carrelage existant est courant en rénovation, au sol comme au mur : on évite la poussière, le bruit et les gravats d’une dépose, et l’on préserve souvent la chape d’origine. Mais l’ancien revêtement devient le support du nouveau, et ses défauts non traités finissent toujours par s’y retrouver.
Les conditions pour poser un carrelage sur l’ancien
Avant de proposer de coller un carrelage sur carrelage, nous vérifions cinq points. Si l’un d’eux fait défaut, la dépose ou une préparation plus lourde s’impose :
- l’adhérence : aucun carreau ne doit sonner creux ni bouger ;
- la planéité, compatible avec le format du nouveau carrelage ;
- la stabilité : pas de fissure traversant plusieurs carreaux, signe d’un support qui travaille ;
- la hauteur disponible sous les portes, aux seuils et dans l’escalier ;
- la charge que le plancher peut porter, surtout s’il est en bois.
Ce sont les exigences de toute pose de carrelage sol et mur. Nous traitons l’ancien carrelage comme un support à part entière, préparé selon les fiches techniques du primaire et de la colle, comme le détaille notre article sur les règles de pose du carrelage.
Le diagnostic : sonner, mesurer, observer
Le premier contrôle est le test au maillet : nous tapotons chaque carreau, et un son creux signale un décollement, même si le carreau ne bouge pas encore. Au sol, un carreau creux finit par fissurer le revêtement posé dessus.
Nous contrôlons ensuite la planéité à la règle de 2 m et repérons les bords qui dépassent (le désaffleur), les joints creux et les fissures. La nature du revêtement compte aussi : un grès cérame émaillé, une faïence ou des tomettes cirées ne se préparent pas de la même façon.
| Constat | Ce que cela signifie | Solution habituelle |
|---|---|---|
| Quelques carreaux isolés sonnent creux | Décollement localisé | Recollage ou comblement de ces carreaux avant la pose |
| Nombreux carreaux creux ou qui bougent | Adhérence insuffisante sur l’ensemble | Dépose complète |
| Fissure qui traverse plusieurs carreaux | Support qui bouge ou dalle fissurée | Diagnostic du support, natte de désolidarisation ou dépose |
| Bords qui dépassent, sol bombé ou en creux | Planéité insuffisante pour le nouveau format | Ragréage sur primaire |
| Surface cirée, vernie ou très grasse | Film qui empêche la colle d’accrocher | Décapage, dégraissage poussé, parfois ponçage |
Préparer l’ancien carrelage avant de coller
Un carrelage émaillé est un support fermé : il n’absorbe rien, et la colle n’y accroche que sur une surface parfaitement préparée :
- recollage des carreaux défaillants et rebouchage des trous ;
- dégraissage complet et rinçage : en cuisine comme en salle de bain, graisses, calcaire et savon s’accumulent jusque dans les joints ;
- léger ponçage de l’émail si le fabricant du primaire ou de la colle le demande ;
- aspiration, puis primaire d’accrochage pour supports non poreux, en respectant son temps de séchage.
La fiche technique de la colle doit admettre l’ancien carrelage comme support. C’est le plus souvent un mortier-colle amélioré de classe C2, souvent déformable (S1), avec un double encollage lorsque le format ou la pièce l’exige.
Ragréage sur carrelage : quand faut-il en passer par là ?
Le ragréage n’est pas systématique : sur un carrelage plan aux joints peu profonds, la colle absorbe les petits écarts. Il devient utile si la planéité ne convient pas au nouveau format, si les joints sont larges et creux, ou si le nouveau carreau est sensible au moindre relief, comme un grand format ou un grès cérame mince.
Sur un carrelage, il demande un primaire spécifique aux supports fermés, un produit dont le classement convient à la pièce et une épaisseur dans les limites du fabricant. Ces travaux relèvent de notre prestation de chape et ragréage, dont le coût est détaillé dans notre guide du prix d’une chape ou d’un ragréage.

Hauteur gagnée : portes, seuils et équipements
Le nouveau carrelage ajoute son épaisseur, celle de la colle et d’un éventuel ragréage : en général de l’ordre d’un à deux centimètres avec des carreaux de sol courants. Quelques millimètres suffisent pourtant à bloquer une porte. Nous relevons dès la visite :
- les portes intérieures, à recouper en partie basse en gardant le passage d’air nécessaire à la ventilation ;
- les raccords avec les pièces voisines, traités par une barre de seuil ou un profilé de transition ;
- la porte d’entrée ou la porte-fenêtre, dont le dormant se modifie difficilement ;
- l’escalier, dont la première ou la dernière marche change de hauteur ;
- en cuisine, le lave-vaisselle encastré, qui doit encore passer sous le plan de travail ;
- en salle de bain, le WC et le receveur, à remettre à la bonne hauteur.
Les anciennes plinthes sont déposées et remplacées par des plinthes assorties au nouveau carrelage, en conservant le joint périphérique le long des murs.
Sur un plancher bois ou un parquet : rigidité et poids
Si l’ancien carrelage repose sur un plancher bois, ou s’il s’agit de carreler un parquet, la rigidité passe au premier plan : le plancher ne doit pas fléchir sous le pas, et les lames doivent être bien fixées, sèches et ventilées en sous-face. Un parquet flottant, un stratifié ou une moquette ne sont jamais des supports de carrelage : ils se déposent.
Sur un plancher rigide, le carrelage se pose sur une natte de désolidarisation, sur un ragréage fibré prévu pour le bois ou sur des panneaux adaptés vissés au plancher, selon l’état du support et le procédé retenu.
Le poids compte aussi. Sur une dalle béton, c’est rarement un sujet ; sur un plancher ancien en étage, avec de grands formats ou de la pierre, nous demandons parfois l’avis d’un professionnel de la structure. En appartement, à Paris comme ailleurs, interrogez aussi le syndic : certains règlements de copropriété imposent une isolation acoustique sous les sols durs.
Faïence sur faïence : le cas des murs
Au mur, la logique est la même : l’ancienne faïence est sondée, dégraissée et détartrée, puis primairisée avant la pose d’une colle adaptée au support et au poids des nouveaux carreaux. Il faut anticiper :
- la rehausse des boîtiers électriques, pour que prises et interrupteurs restent affleurants ;
- les raccords des robinets muraux, qui peuvent demander des rallonges ;
- la finition des bords et des tableaux de fenêtre, par un profilé ou une coupe soignée ;
- le poids supplémentaire sur une cloison légère ou une plaque de plâtre.
Dans une douche, nous préférons souvent déposer : si l’eau est passée derrière les anciens carreaux, les recouvrir enfermerait l’humidité, alors que la dépose permet de contrôler le mur et de créer une étanchéité sous carrelage continue.
Quand vaut-il mieux déposer l’ancien carrelage ?
Recouvrir n’est pas toujours la solution la plus économique à terme. Nous conseillons la dépose lorsque :
- de nombreux carreaux sonnent creux ou sont fissurés ;
- le carrelage recouvre déjà un ancien revêtement : nous évitons d’empiler les couches ;
- la hauteur manque, par exemple pour rester de niveau avec une pièce voisine ;
- le plancher bois manque de rigidité ou ne peut pas porter la charge ;
- l’eau est passée dessous, ou le projet prévoit une douche à l’italienne avec évacuation encastrée ;
- un plancher chauffant doit être intégré dans une nouvelle chape.
La dépose a ses propres contraintes : bruit, poussière, gravats et parfois une chape à reprendre. Dans une maison de l’Eure comme dans un appartement d’Île-de-France, nous tranchons après la visite, et le devis distingue dépose, préparation et pose, comme l’explique notre article sur le devis de carrelage.
Questions fréquentes
Combien de hauteur ajoute un carrelage posé sur l’ancien ?
Comptez l’épaisseur du nouveau carreau, souvent proche d’un centimètre pour un carreau de sol courant, plus quelques millimètres de colle et un éventuel ragréage : le total se situe généralement entre un et deux centimètres. Un grès cérame mince réduit cette surépaisseur, mais il demande un support très plan et une pose conforme aux prescriptions de son fabricant. Nous mesurons la hauteur disponible avant de proposer cette solution.
Faudra-t-il raboter les portes après la pose ?
Souvent, pour les portes intérieures. Elles sont déposées et recoupées proprement en partie basse, en conservant sous chaque porte l’espace nécessaire au passage de l’air lorsque le logement a une ventilation mécanique. Pour une porte d’entrée ou une porte-fenêtre, l’ajustement est plus délicat, car le dormant et le seuil sont concernés : c’est l’une des raisons de préférer parfois la dépose de l’ancien carrelage.
Peut-on poser une faïence neuve sur l’ancienne faïence d’une salle de bain ?
Oui, si l’ancienne faïence tient bien, ne sonne pas creux et qu’aucune humidité n’est passée derrière. Elle est nettoyée, détartrée, dégraissée et primairisée avant la pose. Prévoyez la rehausse des boîtiers électriques, l’adaptation des raccords de robinetterie et la finition des bords. Dans une douche, nous préférons souvent déposer pour contrôler le mur et refaire une protection à l’eau continue.
Recouvrir l’ancien carrelage coûte-t-il moins cher que le déposer ?
Souvent, puisque l’on économise la dépose, l’évacuation des gravats et parfois la reprise de la chape. Mais la pose en recouvrement a ses propres postes : primaire, ragréage éventuel, recoupe des portes, seuils et profilés, adaptation des équipements. Sur un support douteux, l’économie disparaît si le nouveau carrelage se décolle. Seul un devis établi après la visite permet de comparer sérieusement les deux options.

